

C’est un bout du monde où le sable se mêle à la mer en pente douce rejoignant le ciel à l’infini d’un horizon définitivement plat que de rares nuages viennent parfois souligner, comme l’écume des vagues.
Beauduc est un désert humide et salé, blanc aux confins de l’été chaud et sec comme un coup de trique.
La mer frise les 26° degrés en juillet et en août.
On y marche, on la fouille, on y pêche, on la brasse, on y joue, on la survole au fil du vent. Ici les vents tournent comme la rose et se déclinent au gré du sablier qui engloutit les heures. Mistral souvent gagnant.
On est en Camargue.
L’été est grouillant et torride. Il colle à la peau comme la sueur et le sel. Il burine, il entaille, il assomme.
L’hiver est seul et froid. Il fait claquer les portes, fermer les volets, grincer les fenêtres, envoler les rideaux, casser les toits.
Paysage éphémère, Beauduc meurt et renaît. On espère.
Lagune instable, eau et sable. Des hommes s’y accrochent comme des coquillages, en défiant la loi.
Ils construisent un chez eux illusoire, s’emparent d’un territoire qui ne leur appartient pas, vivent un rêve de liberté.
Beauduc,
dernière escale avant la mer au bout de la route du Sambuc et de Salin de Giraud, vers le « Key West des raffineries ».
Paradis sauvage dont voici les images déjà effacées.
Où la laideur rejoint la beauté.
C’est ce que j’ai voulu capter en amoureuse de ces paysages plats s’ouvrant sur l’immensité de la mer.
En promeneuse des espaces et locataire de cette terre : la Camargue.
J’ai voulu.
Laisser l’imagination divaguer, et la nature emporter.
Sentir, montrer la fragilité de l’homme face à l’éternité.
Au terme d’un chemin d’une bonne dizaine de kilomètres, fait d’ornières et de bosses, bordant les étangs scintillants, on tient le bout du monde dans ses mains. Accompagné par des envolées de cormorans et de gabians, des hérons cendrés, et quelques flamands roses, on pénètre dans un sanctuaire.
Au loin les torchères rappellent que l’on est sur la terre.
Le phare veille encore dignement bien qu’il n’ait plus de gardien. Comme un repère dans un désert. Un fil électrique se perd. Dans l’infini, on aperçoit les cabanes, caravanes rouillées, abandonnées, verres brisés, rêves envolés. Mirages de l’été.
Récupération : tout est récupération. Planches, métaux, plastiques, vieux wagons, veilles caravanes ou anciens bus désaffectés mais couverts d’affect s’y agrippent. Ca rouille, ça plie, ça casse, ça menace. Mais c’est là que l’été sur un territoire conquis à la force du poignet, on cuisinait entre amis, on rigolait, on faisait la sieste sous une treille de fortune, on rusait pour garder l’eau au frais, on transportait vivres et bouteilles, le tout sans électricité. On économisait. Quelques groupes électrogènes ronronnaient. Les toilettes étaient au fond du carré de jardin, le tout improvisé. Comme la cuisine, la chambre avec vue sur l’immensité. On y venait en voiture, on y circulait à vélo ou à pied. On combinait. Ici on inventait un univers avec trois bouts de ficelle, une planche ou un canard en plastique. Le système B comme Beauduc. On vivait comme des riches à la cloche de bois. Les beauducois étaient des rois sans royaume. Ils se nourrissaient de la pêche du jour. Ils se retrouvaient entre amis comme on se retrouve en famille. Parfois il y avait des embrouilles. Ils venaient d’horizons divers et n’en faisaient pas une affaire. Mais ils étaient fiers d’appartenir à un territoire éphémère.
Beauduc était un grand éclat de rire.








